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"Chaque chose a une fin".

C'est la phrase qui résonne dans ma tête quand j'essaie de relativiser.
Prendre un peu de recul sur les évènements semble s'avérer utile dans bien des cas, mais cette fois-ci rien n'y fait.

Tout avait très bien commencé, c'était déjà une belle histoire.
Nous étions ce que certains aiment appeler des "écorchés vifs".
Chacun avait déjà un lourd fardeau à porter, même moi.
Tout un tas d'horribles choses a porter. Une enfance gâchée.
Issus de deux familles différentes, les stigmates d'une vie mouvementée nous ont soudés.
Ainsi, notre père et une mère en pleine tentative de reconstruction post rupture s'unirent.
Il est fréquent de voir deux personnes s'entrainer mutuellement vers le fond.
Ils pensent pouvoir remonter la pente ensemble, mais la réalité resurgit.
La détresse est dévorante et insatiable. Il faut être cohérent.
Si deux personnes ne sachant pas nager sont sur le point de se noyer, elles ne survivront pas mieux main dans la main.
Il fut surprenant de voir l'exception confirmer la règle.
C'est ainsi qu'un second souffle naquît.
Ils accomplirent le miracle de créer la joie au milieu du désespoir.
Les deux familles estropiées n'en formèrent qu'une et les enfants se sont considérés frères et soeurs.
Etre heureux est une chose que l'on savait éphémère.
Je pense qu'il faut avoir été privé du bonheur pour savoir l'apprécier à sa juste valeur.
On peut parfois se contenter de si peu..
Seuls ceux qui ont souffert savent ce qu'il est bon de ne plus avoir mal.
Quelques années et un enfant plus tard, la donne changea..

Notre père a toujours été habité par ses démons, ils étaient encré trop profondément dans sa chair.
Il bu sa détresse au point de briser tout ce qu'il a construit.
Pas de violence, loin de là. Mais comment accepter d'être marié à l'ombre de son mari ?
La jolie petite famille fraîchement recousue se déchira de nouveau.
Un divorce ne nous était plus étranger, mais celui-ci fut dévastateur.
Cette toute nouvelle vie que nous avions tant attendue nous glissa entre les doigts.
Leur union avait toujours été admiré par nos amis.
D'un aspect extérieur, tout avait un gout de perfection.

Nous avons été présomptueux de nous croire à l'abri de la vie.
Ce qu'elle donne, elle sait le reprendre.
Dans un souci d'équilibre puéril, elle nous découpa en deux parts inégales.
Qu'est-il advenu de mon père ? Il lâcha prise.
Englouti par l'abîme de ses émotions, il s'est laissé couler.
Je n'ai pas eu le courage de lui tendre l'oreille.
J'ai eu la lâcheté de ne pas écouter ses problèmes.
Il avait clairement besoin de se confier. Il est d'ailleurs difficile de ravaler sa fierté devant quelqu'un pour vider son sac.
Mais j'ai fui. J'ai eu peur de souffrir de nouveau. Un trop plein de tristesse, un ras le bol.
Je me suis dit qu'il n'était pas du ressort d'un enfant d'être le confident pour ses parents.
J'avais déjà vécu cette expérience plus jeune avec ma mère. Mais cette fois j'étais "grand".

Ainsi, deux êtres que nous aimions de toutes nos forces s'entre déchiraient.
Dans un souci d'impartialité je suis resté en dehors de ces histoires de couple qui ne me concernaient plus.
L'un après l'autre, ils nous racontaient a quel point la rupture était difficile quand on s'aime toujours.
Elle avait quelqu'un d'autre et ne pouvait pas revenir en arrière.
Il était dépressif.

Un coup de fil de mon père. J'étais avec des amis autour d'un café.
Il lui est arrivé quelque chose et il est à l'hôpital.
Il me dit que c'est grave et qu'il souffre. Il a fait un malaise et sa tête le fait souffrir.
En retournant auprès d'eux, je réalise deux choses.
Je suis rongé par l'inquiétude, et je me demande s'il n'en rajoute pas à cause de sa dépression.
Je m'en veux de penser ca.
il ne sort pas de l'hôpital, je vais lui rendre visite.
Il est alité et n'est pas souvent conscient. Je suis stressé au point de lui scander notre amour à tous.
Il fallait qu'il sache que nous l'aimions tous. Il vit cette inquiétude sur nos visages et nous dit qu"une blessure à la tête ne fait pas fléchir le genou".
Quelques jours plus tard.
J'apprends ce qu'est un "avc' et en bon grand frère, je fais au mieux pour gérer la situation en attendant qu'il se remette.
Les docteurs finirent par nous "parler".
Il va mourir.

Je suis le chef de famille et le grand frère d'une ex famille nombreuse.
Je fais au mieux pour être un bon porte parole auprès des medecins, pour exprimer nos souhaits.
J'informe la famille, je protege les plus jeunes.
C'est cet instinct vicéral qui reprends le dessus.
Trouver une sorte de réconfort en se focalisant sur le bienêtre de ma famille.
J'essaie de ne pas pleurer. Je me cache s'il le faut.
Nous avons eu la "chance" de le voir avant et après qu'il soit débranché.
J'avais entendu dire de nombreuses choses sur l'apparence d'un corps après la mort, mais c'était différent.
Il était beau malgré tout. J'étais fier d'être son fils.
Un homme à qui je ressemble énormément. Un père merveilleux qui n'a eu pour tords que son autodestruction.
Il a su nous prendre sous son aile pour nous faire remonter la pente.
Nous a-t-il tout enseigné ? Pourrons-nous survivre aussi jeunes sans sa protection ?
Contre toute attente, le pire fut le jour ou nous avons convenu de le dire à la petite.
Elle n'a pas dix ans.
Il n'y a pas de bonne façon de faire ce genre de chose.
Nous avons donc décidé de nous réunir tous pour qu'elle ne se sente pas abandonnée.
Nous sommes allés dans le nouvel appartement de sa mère.
Quand vint l'heure de lui dire la chose, je fus le seul qui eu le cran de parler. Elle bu mes paroles.
Je voyais dans le regard des autres qu'ils me suppliaient de parler pour eux.
J'ai tenté de lui expliquer les choses sans détour. De lui dire qu'on ne lui avait rien dit jusqu'à lors pour la protéger. Que ce n'était pas sa faute, surtout pas.
Après avoir parlé pendant un temps qui me paru interminable, j'ai dit les mots. "Papa est mort". Elle se mit a pleurer et tout le monde qui était resté muet l'entoura d'un coup.
Je m'en suis voulu. J'ai prononcé d'innombrables pardons, des "désolé". Elle me pris la main, et me dit que ce n'était pas ma faute en essayant de me consoler.
Je me suis isolé pour pleurer.
Elle a voulu me consoler ? Les autres vinrent me remercier d'avoir "si bien parlé" en me prenant dans leurs bras, sa mère me dit que j'ai "assuré".
Moi j'ai dit à une gamine que son père est mort. Mon père. Ca me hante.
Vint le jour de l'enterrement.
Le mot "embaumer" ne rimera plus jamais avec parfum, il rimera avec cette poupée difforme que l'on a osé nous présenter dans son cercueil.
Je me souviens m'être demandé si c'était l'oeuvre d'un stagiaire incompétent ? Y avait-il même des stages aux pompes funèbres ?
Tout les corps embaumés deviennent-ils aussi laids ?
Pendant cette séance de voyeurisme malsaine pour la famille, je me suis mis à réflechir.
6 mois auparavant j'avais un foyer parfait. Un père et une belle mère que j'aimais plus que tout.
Aujourd'hui je suis un grand frère qui va devoir vivre dans un appartement vide de lui.
Sans parent, nous vivrons dans les ruines de ce bonheur passé.
L'ironie du sort a voulu que l'enterrement se fasse à l'église.
Lui qui était contre la religion..
Nous avons eu l'autorisation de passer sa chanson dans l'église.
"London calling" des Clash. Il aurait ri en sachant choquer les plus vieux de la famille.

Maintenant ? On vit dans son appartement.
Sa voiture est garée en bas de l'immeuble et je fais tourner la moteur de temps en temps pour ne pas qu'elle arrête de fonctionner.
Je pleure a chaque fois.
C'est comme s'il était au volant. Son parfum est toujours là.
Je n'ose pas m'en servir, il y tenait tant.
 
Le pire c'est que je n'ose pas retourner voir ma petite soeur.
J'ai récemment compris cette réaction stupide.
Quand je la vois je replonge à ce jour ou je lui ai dit.
Ses magnifiques yeux bleux me replongent le nez dans ma culpabilité. Dans tout ce que j'ai mal fait.
Je repense à tout ca et la lâcheté l'emporte.
Je devrais aller lui rendre visite.


(Je ne vais pas relire pour voir s'il y a des fautes, je veux juste me soulager en écrivant.)